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Témoignages sur 1936 En Indre et Loire

Rencontre débat du 22 juin 06 Initiative IHS-CGT-Centre-Collectif -37 et UD CGT37

Témoignages sur 1936 En Indre et Loire

Après la présentation des événements des années 30 au plan National, et le petit film « les métallos » qui exprime l’ambiance du mouvement et des luttes, tout de suite vient à l’esprit que s’est-il passé en Touraine ?

Malheureusement il n’y a plus beaucoup de témoins de cette période pour relater l’action des syndicats, les faits, grèves et manifestations.

Il nous faut donc nous reporter aux écrits, aux témoignages, échos de presse ( voir la voie du peuple) laissés par les acteurs de cette époque, en un mot faire appel aux archives. ( exemple affiches des archives départementales)

Je voudrais souligner ici l’importance que nous devons attacher à la conservation de nos archives.

Ceci étant, bien sur, il nous faut regarder ces événements, en les replaçant dans le contexte de l’époque.

L’Indre et Loire compte en 1936, 350 000 habitants (560 000 en 2003) dont plus de 80 000 à Tours, (aujourd’hui agglo en compte 300 000). L’économie est principalement agricole, la majorité des ouvriers travaillent dans des petites entreprises ( 37 entreprises ont plus de 100 salariés.)

Autour de 1930, la population Rurale est de 200 000, la population Urbaine est de 150 000. En comparaison avec 1990, dans le rural 120 000 et dans l’Urbain 400 000.

les économies dominantes sont (source INSEE) :
- Confection avec 33% de l’emploi industriel (hors B.TP).
- Métallurgie avec 18%, plus Matériel ferroviaire (CGCEM 2100 et Billard 500)
- Le bois et l’ameublement 14%
- Industrie alimentaire 9% (44 laiteries 500 ouvriers, fabrique de gâteaux 100)
- Les cuirs et peaux 8%
- Chimie Papier carton Caoutchouc 4,5%
- L’imprimerie 3.5%

La crise économique sévissait, le chômage, et la misère étaient le lot quotidien de la population. Le syndicalisme à la veille de sa réunification regroupe 5000 syndiqués Il formule les revendications organise la lutte (Marche des chômeurs) mais se heurte à un patronat intransigeant.

Contre le fascisme

Dans le même temps la montée du fascisme inquiète, Le fasciste Scapini tient meeting le 6 février 1934 salle du Manége à Tours. En Touraine comme partout en France la riposte, s’organise et mobilise les forces syndicales et politiques. Les affiches de l’époque témoignent de l’engagement des syndicats dans cette lutte :

« Le 8 février 34 plus de 1500 manifestants défilent prés de la gare, puis à nouveau le 10 à l’appel des syndicats unitaires et confédérés Cette mobilisation en réplique à l’assassinat de militants anti-fascistes Parisiens, reçoit le soutient du PC, du PS, de la ligue des Doits de l’Homme et rassemblera 10 000 manifestants et des milliers de spectateurs » selon un écrit de Louis Biéret (syndicaliste CGT-U, secrétaire du syndicat de l’ameublement, il fut après la guerre Secrétaire de l’UD 46/50 et membre de la CE jusqu’en 1972).

Le 12 la classe ouvrière unie et puissante est à nouveau dans la rue répondant à l’appel à la grève de la CGT et de la CGT-U. IL y a de nombreux arrêts de travail, arrêt total aux P.T.T, aux municipaux dans le bâtiment, arrêt partiel dans l’industrie, le commerce, les cheminots. Après un meeting dans la salle du Manége, un cortège de plusieurs milliers de manifestants défilent jusqu’à la gare aux cris « A bas le fascisme ». A Tours 12 000 travailleurs manifestent « dans un enthousiasme indescriptible se rendant bien compte que l’union fait la force » dira * Madeleine BOUTARD syndicalisme CGT-U.

Jean Bonnin (Secrétaire général du syndicat unitaire Cheminots PO 30/36, secrétaire du syndicat unifié des cheminots 36 /39 Maire de St-Pierre des corps 45/71 - PC ) à son tour exprimera ce sentiment : « En défendant la République, l’intérêt national, contre le fascisme, ces actions ont resserré les liens entre les différentes organisations syndicales, sportives et politiques »

La réunification syndicale

Ces actions unitaires conduiront à la réunification syndicale. Chez les cheminots Tourangeaux dés le 29 septembre 1934 et un an plus tard au niveau départemental.

Entre temps de nombreuses initiatives ont préparé cette union. Le 1er mai 1935 est célébré par les deux centrales, avec un meeting et défilé commun.

LE 14 juillet de cette même année une grande manifestation populaire est organisée, un cortège important traverse les rues de Tours, plusieurs orateurs motivent la foule, du balcon de l’hôtel de ville.

Le congrès départemental de l’unité à été préparé par une commission mixte composée de cinq camarades confédérés et de cinq camarades unitaires. La convocation signale qu’un représentant de chaque tendance (unitaire - confédéré) peut, si les syndicats le souhaitent assister à leurs réunions préparatoires. Le congrès de l’unité aura lieu le 29 décembre 1935 à l’hôtel de ville de TOURS avec la participation de 74 délégués. La Commission Exécutive élue comporte 13 confédérés et 7 unitaires.

Le Secrétaire Général Paul : DEQUIDT -(1935 1939), secrétaire du syndicat confédéré des municipaux de Tours 27/35, se ralliera par la suite aux thèses de Belin.

Le Secrétaire Adjoint Olivier DOUSSAINT- (1935-1940), Secrétaire de la CGT-U des employés de commerce de Tours, en tant que secrétaire de l’UD, est particulièrement chargé de l’action. Il conduira les pourparlers sur la garantie de l’emploi de la CGCEM- CIMTet mènera au succès la lutte de sept semaines des 3000 ouvriers du bâtiment (octobre 36) puis la grève des papetiers de la Haye- Descartes en janvier 1937.

Les deux syndicats nationaux sont présents à ce congrès, et chacun présidera une séance du congrès. Pour les unitaires il s’agit de Raymond SENAT qui sera par la suite après la guerre, le secrétaire général par intérim de la F.T.M.-CGT remplaçant Ambroise Croizat Ministre du travail. Pour les confédérés Robert BOTHEREAU qui sera Secrétaire adjoint de la CGT (1933-1947) et secrétaire général de FO (1948-1963).

L’unité s’est donc réalisée à la base sous la pression des masses. Cette volonté unitaire et ce profond mouvement vont conduire à l’unité organique avec le congrès national de réunification du 6 mars 1936 à Toulouse.

Le front populaire

Les 26 avril et 3 mai 1936 les élections législatives dans le département donnent la victoire au front populaire (3 députés socialistes - 2 députés radicaux) le 4 juin sera formé le nouveau gouvernement.

Le 14 juin 1936 le Tourangeau Gaston Monmousseau (Secrétaire de la CGT-U cheminots 1920 + et CGT-U 22/32 Directeur de la Vie Ouvrière jusqu’en 1960). Après avoir évoqué le pacte d’unité entre communistes et socialistes, la réunification de la CGT et les liens qui se sont établis entre classe ouvrière et les classes moyennes : il écrit je cite

« le peuple attend qu’on fasse payer les riches, le gouvernement, soutenu par la majorité parlementaire et l’action des masses, a la possibilité, le devoir même, de faire payer les riches, cela veut également dire : arracher au grand patronat de meilleures conditions de salaires et de travail à l’entreprise et cela c’est en premier l’œuvre du mouvement syndical....... »

Cet appel à l’action sera entendu les grèves vont se multiplier, les usines seront occupées. La Touraine participe à ces luttes, mais les occupations d’usines sont modestes citons Billard (matériel ferroviaire) trois jours, ailleurs sans arrêt de travail des accords sont conclus :
- CGCEM/CIMT - SCHMID - LUCHAIRE et LAFOND à Tours
- DARGOUGE à Langeais - MABILLE à Amboise

Le 7 juin la CGT et le MEDEF de l’époque sont réunis à Matignon.

L’accord représente des succès considérables :
- contrats collectifs droit syndical (liberté d’opinion et d’adhésion)
- augmentation des salaires de 15% à 7%
- délégués du personnel
- pas de sanction pour faits de grève

Puis il faut ajouter les mesures législatives : Le 11 et 12 juin, la loi sur les conventions collectives, les 15 jours de congés payés, la semaine de 40 heures

Pour imposer le respect des accords les grèves vont selon les entreprises se poursuivrent ici ou là en Indre et Loire dans le Bâtiment, et aux papeteries de la Haye- Descartes jusqu’en janvier 1937. Le 17 septembre 1936 une manifestation importante de soutien aux grévistes a lieu à Tours.

Là encore les affiches montrent que les syndicats des métallos, du bâtiment, des employés, des services publics, des cheminots tous informent de leurs difficultés dans l’application des acquis du front populaire et dénoncent l’attitude des patrons, qui préparent leur revanche.

Dans ce contexte de luttes et d’unité, comme partout en France la CGT voit ses effectifs grossir. En Touraine ils passent de 5 000 à 20 000 syndiqués (4 000 cheminots, 3 500 du secteur du bâtiment, 2 500 métallos, 500 hospitaliers, 400 ouvriers du livre).

Pour terminer ce rappel historique qui a fait naître tant d’espoir, voici le témoignage de Jean CHERAMY, syndicaliste CGT-U, délégué du personnel (CGT 36 /66), membre du PCF dés 1934 et ancien de la CIMT :

« la victoire du front populaire a crée un grand enthousiasme, en deux jours des centaines de nouvelles adhésions sont faites au syndicat, l’ensemble des ouvriers de l’entreprise sont syndiqués, on n’avait jamais vu ça »

Aujourd’hui encore « l’été 36 » fait parler, regarder ce passé n’est pas inutile, que de leçons a retenir pour nos combats actuels .

Réalisé à partir de l’article de Jean-Claude Guillon. Cahiers I.H.S.Centre N° 22 juin 1996

Les témoignages cités sont parus dans les journaux « la voix du peuple » en 1968 et 1970.

Les biographies des militants sont empruntées au Maitron. Les affiches viennent des archives d’Indre et Loire

J T. 22. 06. 2006

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