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La question n’est pas le choix entre précarité ou chômage mais bien celle du développement de l’emploi

Le gouvernement s’appuie sur une présentation discutable des statistiques de chômage pour justifier une profonde remise en cause du contrat de travail.

Les artifices statistiques cachent en fait une quasi stagnation de l’emploi et l’aggravation de la précarité.

En réalité :
-  l’apparente amélioration du chômage s’appuie sur des statistiques administratives encore provisoires
-  cette amélioration est due à la gestion administrative des demandes d’emploi et à la stagnation de la population active (en raison du début des départs en retraite des générations nombreuses de l’immédiat après-guerre) et au traitement social mis en œuvre par le ministre des affaires sociales
-  les entrées à l’ANPE ne diminuent pas ; plus de la moitié de ces nouvelles demandes d’emploi sont imputables à des fins de contrats précaires ou à des licenciements, dont le nombre reste à un niveau élevé
-  rien n’autorise à présenter cette légère augmentation de l’emploi comme une conséquence de la mise en place du contrat de nouvelle embauche (CNE)
-  les caractéristiques du marché du travail restent très préoccupantes : l’emploi industriel diminue, les suppression d’emplois et les délocalisations risquent de se multiplier avec les OPA comme celle de Mittal sur Arcelor.

Ce n’est certes pas avec l’aggravation de la précarité que l’on créera les emplois qualifiés et stables dont l’économie a un urgent besoin et que l’on diminuera réellement et durablement le chômage.

1. Une baisse du chômage décrite par des sources administratives provisoires

D’après les chiffres diffusés le 30 janvier, le nombre de demandeurs d’emplois dits de catégorie 1 (c’est-à-dire ceux qui cherchent un emploi à temps plein et à durée indéterminée ayant éventuellement travaillé moins de 78 heures dans le mois) aurait diminué de 19.300 personnes en décembre (0,8%). La baisse serait de 126.800 en un an (5,2%). Le nombre de chômeurs s’établirait à 2.310.600. Le taux de chômage est évalué à 9 ,5%.

Il s’agit de statistiques encore provisoires, issues de sources administratives, qui seront complétées, modifiées, et peut-être démenties, par les résultats de l’enquête Emploi. Si on y regarde de plus près ces chiffres relativement flatteurs masquent une situation qui reste très préoccupante.

Sorties de l’ANPE : peu de place pour les reprises d’emploi

Il y a eu, au mois de décembre, au total (données brutes qui ne tiennent pas compte des variations saisonnières) 350.000 sorties de catégorie 1. Ces sorties sont plus nombreuses qu’en décembre 2004.

Mais les reprises d’un emploi déclaré ne représentent qu’un quart des sorties du chômage. En revanche, la moitié de ces sorties s’expliquent par la radiation administrative (36 000) et surtout l’absence au contrôle (142 000). Il semble bien que les absences au contrôle soient surtout dues à des mesures administratives plus rigoureuses.

Sorties de l’ANPE
- Cause : Décembre 2004 - Décembre2005
- Reprise d’emploi déclaré : 78 307 - 85 341
- Entrée en stage  : 27 032 - 25 939
- Arrêt de recherche : 28 573 - 28 492
- dont dispense de recherche : 8 154 - 7 734
- Autres causes : 194 188 - 209 695
- dont Radiation administrative : 39 905 - 36 010
- Absence en contrôle : 124 190 - 141 744
- Total : 328 100 - 349 467

Entrées à l’ANPE : place importante des fins de contrats précaires et des licenciements

Il y a eu, au mois de décembre, au total (données brutes qui ne tiennent pas compte des variations saisonnières), plus de 350.000 entrées à l’ANPE en catégorie 1. Plus de la moitié sont dues à des licenciements, à la fin des CDD ou d’intérims. Par rapport à la période correspondante de 2004, les sorties de CDD sont un peu moins nombreuses mais les licenciements pour cause économique et les autres licenciements restent à un niveau élevé et continuent à s’accroître.

Fin des contrats précaires et licenciements expliquent la moitié des entrées à l’ANPE.

Entrées à l’ANPE
- Cause : Décembre 2004 - Décembre2005
- Fin de CDD : 88 776 - 86 514
- Fin d’intérim : 38 800 - 37 587
- Licenciement : 62 417 - 64 031
- Total : 351 352 - 353 518

2. Les offres d’emploi déposées sont de dix fois inférieures aux demandes d’emploi

L’ANPE a enregistré en décembre (en données brutes qui ne tiennent pas compte des variations saisonnières) quelque 230.000 offres d’emploi. Il semble que le nombre d’offres d’emploi augmente. Ce serait une bonne nouvelle s’il s’agissait d’emplois qualifiés et durables, mais rien ne permet de l’affirmer. Il n’en demeure pas moins que le nombre d’offres reste sans commune mesure avec nombre de demandes (229.000 sur 2.310.000).

Offres d’emplois à l’ANPE
- 203 201 en Décembre 2004
- 229 071 en Décembre 2005

3. Le chômage réel est différent des statistiques de l’ANPE

Les entrées et sorties de l’ANPE donnent des indications utiles sur l’évolution du chômage et permettent de l’analyser. Mais il s’agit de sources administratives. En particulier, ces statistiques ne rendent pas compte d’environ 2 millions de personnes qui pourraient et qui souhaitent travailler, mais qui sont « exclus » du marché du travail.. Les estimations de population active indiquent un fort ralentissement en 2005 (+67.000) et surtout en 2006 (+ 29.000) contre +108.000 en 2004. Les départs en retraite de la génération du « baby boom » expliquent l’essentiel de ce ralentissement. Ces départs ont déjà marqué les statistiques de chômage de 2005 et le feront plus encore en 2006.

4. L’emploi ne s’améliore pas réellement

En 2005, d’après la note de conjoncture de l’Insee, l’emploi aurait augmenté de quelque 120.000 unités.

Cette croissance serait due pour une large part, au second semestre, à la reprise de l’emploi non marchand aidé. L’extinction des CEC et CES a en effet marqué la première partie de l’année avant la montée en régime des CA (contrats d’avenir) et des CAE (contrats d’accompagnement dans l’emploi). La croissance de ces emplois non marchands aidés est appelée à s’accélérer en 2006 (300.000 prévues par la loi de finances).

Les créations nettes d’emplois dans le secteur privé sont restées à un niveau très bas (+ 60.000 environ) mais :
-  l’industrie continue de perdre des emplois (-80 000),
-  les licenciements ne diminuent pas, au contraire,
-  la qualité et la stabilité des emplois ne s’améliorent pas.

Concernant le « contrat nouvelle embauche », le gouvernement met en avant des intentions déclarées par les employeurs. Beaucoup de ces intentions ne se concrétiseront pas : l’Insee estime à 60.000 le nombre de ces CNE réels (mais précise que cette évaluation est très fragile). De plus, ces CNE risquent de se substituer à d’autres créations d’emplois : nombre d’entre eux remplacent des CDI, ce qui accentue la précarité du travail. Tous les analystes sérieux considèrent que c’est seulement au bout de deux ans que l’on pourra évaluer sérieusement l’impact réel du CNE dans tous ses aspects, notamment sur l’utilisation qui sera faite par les employeurs de leur liberté d’y mettre fin sans motif.

En tout cas, on ne peut absolument pas se réclamer d’un prétendu succès du CNE pour justifier le CNE et instituer le CPE.

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