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Les salariés du nettoyage sortent de l’ombre

Article paru dans la Nouvelle République du 30 juin 2015

En Indre-et-Loire, ils sont environ 2.000, mal connus et soumis aux aléas d’un métier marqué par une certaine précarité. Depuis 30 ans, une section syndicale CGT s’attache à les représenter.

L’union syndicale CGT de nettoyage a fêté la semaine dernière ses trente ans. Léon Gahier, un prêtre ouvrier âgé aujourd’hui de 95 ans, assistait à la fête. Avec Monique - une religieuse qui devait devenir la première déléguée syndicale au sein de l’entreprise Otenetto -, le vieux curé fait partie des chevilles... ouvrières du mouvement.

Trente ans après, Djamel Boucetta, secrétaire général, et Monique Fraleux mesurent le chemin parcouru.

" On veut rendre visibles ceux qui sont invisibles "

« Les salariés qui nettoient les entreprises, ce sont des gens qui travaillent avant 6 heures du matin et après 5 heures de l’après-midi. Dans certains pays, ils interviennent tout au long de la journée mais pas en France, pour des raisons prétendument techniques. En fait, les patrons ne veulent pas qu’ils croisent les salariés des boîtes dans lesquelles ils interviennent », accuse Djamel Boucetta.

Autrefois, ce « peuple de l’ombre » était majoritairement composé de femmes sans instruction qui faisaient des heures après avoir élevé leurs enfants.

« Maintenant, il y a des organismes de formation dont sortent des titulaires d’un BTS environnement. Mais ce n’est pas pour cela qu’ils connaissent le droit du travail. Aujourd’hui comme hier, notre action reste essentielle », estime la CGT.

En Indre-et-Loire, ils seraient environ 2.000 dont les trois quarts sont employés par des grosses boîtes. « Les gens ont plusieurs patrons, ne travaillent que quelques heures  ; dans ces conditions, c’est difficile de se syndiquer. C’est pourtant d’autant plus nécessaire qu’à chaque fois qu’un client opte pour un nouveau prestataire de service, ce dernier qui - de par notre convention collective est obligé de garder les salariés de celui qui a perdu le marché - en profite généralement pour réduire leur nombre d’heures. »

Du haut de ses décennies d’action militante, Monique Fraleux constate « qu’à chaque reprise, il y avait des conflits et qu’on prenait bien souvent le chemin des prud’hommes. »

Selon Djamel Boucetta, l’union syndicale CGT de nettoyage d’Indre-et-Loire serait la plus ancienne de France. « On dépend de la fédération des ports et docks. Quand on dit à un patron que ce sont les dockers qui nous défendent, en règle générale, ça jette un froid  ! »

Un froid qui n’était pas de mise la semaine dernière. « Lors de notre fête, on a entendu des témoignages poignants. Il y a quarante ans, il existait une véritable culture ouvrière basée sur la solidarité. On a un peu perdu ça avec le délitement des structures, avec l’éparpillement du travail, mais ce type de salariat est appelé à se développer  ; il convient donc d’inventer de nouvelles formes de lutte. »

Philippe Samzun

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